
Les pathologies cardiovasculaires représentent une préoccupation majeure chez les chiens. Fréquentes chez les animaux vieillissants et certaines lignées prédisposées, ces affections demeurent souvent silencieuses durant leurs premiers stades avant d’évoluer progressivement vers des manifestations cliniques. L’insuffisance cardiaque touche particulièrement les petites races et les grands formats selon le type d’atteinte. Heureusement, une prise en charge adaptée associée à un suivi vétérinaire rigoureux permet de gérer efficacement ces maladies. Le diagnostic précoce constitue un élément déterminant pour améliorer significativement la qualité et l’espérance de vie de l’animal. Cet article examine l’anatomie cardiovasculaire, les différentes pathologies rencontrées, leurs manifestations cliniques, les races concernées, les méthodes diagnostiques disponibles ainsi que les traitements envisageables pour accompagner au mieux votre chien.
Notions de physiologie cardiaque
Structure du cœur canin
L’anatomie cardiovasculaire du chien comprend quatre cavités cardiaques distinctes : deux ventricules situés dans la partie inférieure et deux oreillettes positionnées dans la partie supérieure. Le ventricule gauche assure la propulsion du sang oxygéné vers l’ensemble de l’organisme tandis que le ventricule droit expédie le sang vers les poumons pour oxygénation.
Les valves garantissent une circulation unidirectionnelle du sang. La valve mitrale contrôle le passage entre l’oreillette gauche et le ventricule gauche. La valve tricuspide régule quant à elle le flux entre l’oreillette droite et le ventricule droit. Ces structures évitent tout reflux sanguin lors de la contraction.
Les principaux vaisseaux sanguins incluent l’aorte qui distribue le sang oxygéné dans la circulation systémique, les artères pulmonaires acheminant le sang vers les poumons, les veines pulmonaires ramenant le sang oxygéné, et la veine cave collectant le sang désoxygéné. Le myocarde désigne le muscle cardiaque responsable des contractions. Le péricarde forme l’enveloppe protectrice externe.
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Fonctionnement de la circulation sanguine
Le circuit sanguin désoxygéné débute lorsque la veine cave achemine le sang vers l’oreillette droite. Celui-ci franchit ensuite la valve tricuspide pour atteindre le ventricule droit qui le propulse vers les poumons via les artères pulmonaires. Cette étape permet l’oxygénation.
Le sang enrichi en oxygène revient par les veines pulmonaires vers l’oreillette gauche. Il traverse alors la valve mitrale pour rejoindre le ventricule gauche qui l’éjecte puissamment dans l’aorte. Cette dernière assure la distribution systémique vers tous les organes et tissus nécessitant un apport constant en oxygène.
Fréquence cardiaque normale
Les battements cardiaques normaux oscillent entre 50 et 200 pulsations par minute selon le gabarit de l’animal. Les petites races présentent naturellement un rythme plus rapide que leurs congénères de grande taille. La respiration au repos s’établit normalement entre 15 et 30 mouvements respiratoires par minute.
Où se situe le cœur chez le chien ?
Le cœur occupe une position centrale dans la cavité thoracique, niché entre les deux poumons avec un léger décalage vers la gauche. La cage thoracique formée par les côtes assure sa protection mécanique. Anatomiquement, il se localise approximativement entre les troisième et sixième côtes dans la région ventrale du thorax.
Cette localisation précise permet au praticien d’effectuer une auscultation efficace en plaçant le stéthoscope sur la paroi thoracique, généralement du côté gauche. Le repère anatomique correspond au niveau du coude lorsque la patte antérieure est maintenue contre le thorax. La taille cardiaque représente environ 1% du poids corporel total.
Sa position centrale explique pourquoi certaines affections cardiovasculaires provoquent une compression des voies respiratoires adjacentes. Cette proximité anatomique justifie l’apparition de symptômes respiratoires comme la toux lors de dysfonctionnement cardiaque, même en l’absence d’atteinte pulmonaire directe.
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Les principales maladies cardiaques chez le chien
La maladie valvulaire dégénérative
Cette pathologie constitue la cause prédominante d’insuffisance cardiaque, représentant 75 à 80% des cas diagnostiqués. Elle affecte principalement la valve mitrale dans le cadre d’une endocardiose mitrale, parfois accompagnée d’une atteinte de la valve tricuspide.
Le processus dégénératif se caractérise par un épaississement pathologique des feuillets valvulaires. Ces structures perdent progressivement leur capacité à assurer une fermeture hermétique, entraînant une régurgitation sanguine lors de la contraction. Cette maladie valvulaire touche préférentiellement les animaux âgés de petit et moyen gabarit pesant moins de quinze kilogrammes. La sténose mitrale, variante plus rare, correspond à un rétrécissement limitant le passage du sang.
Les cardiomyopathies
Les cardiomyopathies désignent des affections du muscle cardiaque lui-même. La cardiomyopathie dilatée représente environ 20% des insuffisances cardiaques canines. Cette pathologie se manifeste par un amincissement progressif des parois cardiaques associé à un affaiblissement musculaire.
La dilatation des cavités cardiaques accompagne cette dégénérescence. Le muscle cardiaque perd son efficacité contractile, réduisant significativement la capacité de pompage. Cette forme touche principalement les grandes races et races géantes. Certaines lignées comme le Dobermann et le Boxer présentent un risque accru de complications graves incluant la mort subite.
Les malformations cardiaques congénitales
Ces anomalies existent dès la naissance et représentent environ 5% des pathologies cardiovasculaires. La persistance du canal artériel figure parmi les plus fréquentes. Ce canal fœtal relie normalement l’aorte à l’artère pulmonaire avant la naissance mais devrait se fermer spontanément après.
Les communications interventriculaires créent une ouverture anormale dans la paroi séparant les deux ventricules. Les communications interatriales affectent quant à elles la cloison entre les oreillettes. Les sténoses valvulaires, notamment pulmonaires, rétrécissent le passage sanguin et limitent le débit. Certains vaisseaux sanguins majeurs peuvent également présenter un calibre anormalement réduit.
Ces malformations se détectent précocement lors des premiers examens vétérinaires du chiot. L’auscultation révèle généralement un souffle caractéristique. Certaines anomalies bénéficient d’une correction chirurgicale dans des établissements hautement spécialisés disposant du plateau technique approprié.

Les troubles du rythme cardiaque
Les arythmies correspondent à des anomalies de l’activité électrique cardiaque générant des battements irréguliers, accélérés ou ralentis. Ces dysfonctionnements constituent parfois une cause directe d’insuffisance ou résultent d’une pathologie sous-jacente.
L’auscultation révèle des irrégularités du rythme et des pulsations anormales. Le diagnostic précis nécessite un électrocardiogramme mesurant l’activité électrique. Dans certaines situations, un holter enregistre cette activité pendant plusieurs heures pour identifier les arythmies intermittentes. Le traitement repose sur des antiarythmiques spécifiques adaptés au type d’anomalie identifié.
Quelles races de chiens sont les plus touchées par les maladies cardiaques ?
Races prédisposées à la maladie valvulaire
Les petites et moyennes races présentent une vulnérabilité accrue. Le Cavalier King Charles Spaniel manifeste une prédisposition génétique marquée avec une apparition précoce. Le Yorkshire Terrier, le Caniche, le Cocker Spaniel, le Teckel, le Bichon et les Épagneuls développent fréquemment l’endocardiose mitrale.
Races prédisposées à la cardiomyopathie dilatée
Les grands formats sont particulièrement concernés. Le Dobermann et le Boxer affrontent un risque important de mort subite. Le Dogue Allemand, le Golden Retriever, le Labrador Retriever, le Rottweiler, le Setter Irlandais, le Dalmatien, le Terre-Neuve, le Saint-Bernard et le Berger Allemand figurent parmi les races vulnérables.
Précisions générales
Toutes les races, incluant les croisements, peuvent potentiellement développer des pathologies cardiovasculaires. Une surveillance cardiologique régulière s’impose pour les lignées prédisposées avec des auscultations systématiques lors des consultations annuelles et des dépistages spécifiques si nécessaire.
À partir de quel âge un chien peut-il développer une maladie cardiaque ?
Les pathologies cardiovasculaires apparaissent principalement chez les animaux vieillissants. Les symptômes se manifestent généralement entre six et neuf ans d’âge. Cette période varie significativement selon la race et le type d’atteinte.
Les petites races prédisposées à la maladie valvulaire dégénérative développent souvent cette affection vers l’âge moyen ou senior. Le Cavalier King Charles Spaniel, en raison de sa forte prédisposition génétique, présente des signes plus précocement. Les grands formats touchés par la cardiomyopathie dilatée peuvent également manifester la pathologie relativement jeunes.
Les malformations congénitales constituent un cas particulier puisqu’elles existent dès la naissance. Leur détection intervient lors des premiers examens vétérinaires du chiot. Des auscultations régulières dès le plus jeune âge permettent une détection précoce pour les races prédisposées.

Quels sont les symptômes d’une maladie cardiaque chez le chien ?
Symptômes précoces et modérés
Les premiers signes cliniques incluent la fatigue anormale et l’intolérance à l’effort constituant généralement la manifestation inaugurale observable. L’essoufflement et les difficultés respiratoires apparaissent progressivement. La toux, sèche ou humide, se manifeste particulièrement après l’effort, la nuit ou même au repos.
La perte d’appétit évolue parfois vers une anorexie complète. L’amaigrissement et la fonte musculaire accompagnent cette dégradation. Une faiblesse généralisée s’installe tandis qu’une agitation inhabituelle peut se manifester.
La fréquence respiratoire au repos augmente au-delà de 30 mouvements par minute. Un halètement excessif survient sans raison apparente. L’animal présente parfois une impression d’étranglement ou un besoin de cracher. Les quintes de toux deviennent progressivement plus fréquentes.
Symptômes avancés et signes de gravité
Les stades avancés génèrent une distension abdominale due à l’ascite correspondant à une accumulation liquidienne dans l’abdomen. La cyanose se caractérise par des muqueuses, langue, gencives et babines adoptant une teinte bleutée ou grise traduisant une oxygénation insuffisante.
Les syncopes et évanouissements surviennent lors d’efforts ou d’émotions. Un œdème périphérique provoque un gonflement des pattes et membres. Les muqueuses deviennent pâles tandis que les extrémités restent froides au toucher. Le pouls subit des modifications détectables.
Les mouvements respiratoires s’accentuent anormalement. La respiration s’effectue gueule ouverte avec un cou tendu. Des malaises répétés témoignent d’une insuffisance décompensée nécessitant une prise en charge vétérinaire urgente.
Facteurs aggravants
- Les fortes chaleurs et la période estivale augmentent significativement le travail cardiaque et sollicitent davantage le système cardiovasculaire
- Les exercices physiques et efforts, même modérés, peuvent déclencher ou intensifier brutalement les signes cliniques observables
- Le stress et les émotions importantes comme la peur ou l’excitation stimulent excessivement l’activité cardiovasculaire
Une vigilance particulière s’impose pendant ces périodes à risque pour adapter l’environnement et prévenir les décompensations.
Un traitement adapté pour chaque maladie cardiaque
Traitements médicamenteux principaux
Les inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine comme le ramipril exercent un effet vasodilatateur facilitant le travail cardiaque. Les diurétiques tels que le furosémide et le torasémide permettent l’élimination de l’excès liquidien et combattent l’œdème pulmonaire.
Les antagonistes de l’aldostérone comme la spironolactone possèdent des effets anti-fibrosants. Les inhibiteurs des phosphodiestérases comme le pimobendane améliorent la contraction. La digitaline stimule également cette dernière. Les dérivés nitrés agissent comme vasodilatateurs tandis que les antiarythmiques régulent le rythme.

Modalités du traitement
Le traitement s’inscrit dans une perspective quotidienne et à vie dans la majorité des situations. L’adaptation des doses et des combinaisons médicamenteuses suit l’évolution de la pathologie. Un suivi vétérinaire régulier s’impose au minimum semestriellement.
Les contrôles incluent des examens cliniques, radiographies, échographies et bilans sanguins. L’arrêt brutal du traitement représente un danger potentiellement fatal. Une hospitalisation devient nécessaire dans les cas graves pour administrer un traitement intraveineux, réaliser une oxygénothérapie et assurer une surveillance continue de la pression artérielle.
Traitements chirurgicaux
Les interventions chirurgicales demeurent rarement pratiquées en France mais restent envisageables dans des cliniques spécialisées. Certaines pathologies bénéficient d’une correction chirurgicale incluant la persistance du canal artériel, la sténose pulmonaire et la tamponnade. Ces interventions exigent un plateau technique important et une expertise spécifique.
Mesures hygiéniques et diététiques
Un régime alimentaire pauvre en sel s’avère indispensable avec des aliments spécifiques disponibles chez le praticien. La charcuterie, le pain et le fromage sont formellement proscrits. Les apports en L-carnitine et taurine bénéficient au muscle cardiaque.
Un régime amaigrissant s’impose en cas de surpoids ou obésité, facteurs aggravants majeurs. L’activité physique doit limiter les efforts violents et prolongés. Les exercices intenses cèdent la place aux promenades en laisse à rythme tranquille effectuées aux heures fraîches. Un repos absolu peut s’avérer nécessaire pendant certaines phases thérapeutiques.
Surveillance à domicile
– Surveiller régulièrement la fréquence respiratoire durant le sommeil plusieurs fois par semaine pour établir une valeur moyenne de référence
– Contacter immédiatement le praticien en cas d’augmentation supérieure à dix respirations par minute par rapport à la moyenne habituelle
– Alerter rapidement lors d’apparition d’une toux profonde, d’essoufflement anormal ou de perte d’appétit significative
Compléments alimentaires
Des compléments nutritionnels peuvent soutenir le traitement sur avis vétérinaire. Des produits spécifiques comme Miloa Cardio supp, Cardiphytol ou Nutricardiol offrent un support nutritionnel complémentaire adapté aux besoins cardiovasculaires particuliers des animaux atteints de pathologies cardiaques.
Quelle est l’espérance de vie d’un chien atteint d’insuffisance cardiaque ?
L’espérance de vie d’un chien atteint d’insuffisance cardiaque dépend de nombreux facteurs, notamment la cause de la maladie, son stade d’évolution, l’âge du chien, sa race et la rapidité de la prise en charge vétérinaire.
Une espérance de vie très variable
Il n’existe pas de durée de vie unique pour tous les chiens cardiaques. Selon la pathologie et son degré de gravité :
– certains chiens vivent plusieurs années avec une maladie cardiaque stabilisée
– d’autres, atteints de formes avancées, peuvent voir leur espérance de vie réduite à quelques mois sans traitement adapté
Lorsqu’un traitement est instauré précocement et correctement suivi, il est fréquent que le chien conserve une bonne qualité de vie pendant longtemps.
L’importance du stade de la maladie
On distingue plusieurs stades d’insuffisance cardiaque :
| Stade | Description | Impact sur la survie |
| Précoce | Souffle au cœur sans symptômes | Très bon pronostic |
| Modéré | Premiers signes cliniques | Bon avec traitement |
| Avancé | Essoufflement, fatigue, œdèmes | Pronostic réservé |
| Terminal | Détresse respiratoire | Pronostic sombre |
Plus la maladie est détectée tôt, plus l’espérance de vie est favorable.
Ce qui améliore la survie
Plusieurs éléments peuvent prolonger la vie d’un chien cardiaque :
– un suivi vétérinaire régulier
– une prise correcte du traitement
– une alimentation adaptée
– le contrôle du poids
– une activité physique modérée et régulière
Comment évolue l’insuffisance cardiaque chez le chien ?
L’insuffisance cardiaque est une maladie chronique et progressive. Cela signifie qu’elle s’installe lentement, puis évolue avec le temps, même lorsque le chien est traité. Toutefois, une prise en charge précoce permet souvent de ralentir significativement son évolution.
Une évolution en plusieurs phases
L’insuffisance cardiaque ne se manifeste pas toujours brutalement. Elle évolue généralement par étapes :
Phase silencieuse
À ce stade, la maladie est présente mais aucun symptôme visible n’est encore observé. Un souffle au cœur peut être détecté lors d’une consultation de routine.
Phase de compensation
Le cœur commence à se fatiguer mais l’organisme compense encore. Le chien peut présenter :
– une légère fatigue à l’effort
– une respiration plus rapide
– une toux occasionnelle
À ce stade, le traitement permet souvent de stabiliser la maladie pendant longtemps.
Phase de décompensation
Les mécanismes de compensation ne suffisent plus. Les symptômes deviennent plus marqués :
– essoufflement au repos
– toux fréquente
– perte d’appétit
– baisse d’activité
– parfois œdèmes ou ascite
C’est à ce stade que l’on parle d’insuffisance cardiaque avérée.
Phase terminale
Le cœur n’arrive plus à assurer correctement la circulation sanguine. Le chien peut présenter :
– détresse respiratoire
– grande fatigue
– amaigrissement
– malaises
Le pronostic devient alors réservé à sombre, malgré les traitements.
Grâce à un suivi régulier et une prise en charge adaptée, il est souvent possible de ralentir considérablement cette évolution et d’offrir une bonne qualité de vie au chien pendant de longs mois, voire plusieurs années.



